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28 juin 2020 à Rouen

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Lubrizol : la sécurité et la confiance doivent être rétablies avant toute décision sur la réouverture

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[COMMUNIQUE DE PRESSE]

 

L’entreprise Lubrizol a déposé un dossier de réouverture partielle auprès de la préfecture. Elle demande l’autorisation de reprendre une partie de ses activités, au niveau des unités de mélange de composants. C’est l’Etat qui prendra la décision après instruction du dossier technique par la DREAL[1] puis consultation du Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques (CODERST), mardi 10 décembre prochain.

 

Depuis l’accident du 26 septembre, nous avons toujours affirmé notre attachement à l’activité économique et industrielle dans la vallée de Seine. Elus locaux nous savons les enjeux sociaux, les milliers d’emplois concernés. Nous savons et saluons le travail, l’engagement des salariés de Lubrizol et de leurs représentants. Nous savons les efforts mis en œuvre par l’entreprise pour répondre aux exigences de sécurité demandées par l’Etat.

 

Alors, que décider ? Faire l’autruche en fermant ou en repoussant les usines, de même que reprendre l’activité comme s’il ne s’était rien passé, sont les deux facettes d’une même démagogie que nous rejetons. On attend des élus qu’ils prennent des positions et agissent de façon responsable.

 

La responsabilité commence par la lucidité : nous venons de vivre une catastrophe d’ampleur exceptionnelle. Une grande partie de la population est toujours dans l’inquiétude, la défiance, la colère. De très nombreuses questions sont en suspens, à commencer par la première d’entre elles : que s’est-il réellement passé ? Quelles sont les causes de l’incendie ? Nous n’en savons rien, l’enquête judiciaire du parquet de Paris est toujours en cours.

 

Dans ces conditions rien ne serait pire qu’une réouverture à la va-vite, décidée dans le secret d’un Comité dont les débats ne sont pas publics, où les associations sont très minoritairement représentées et où les citoyens n’ont pas directement accès au dossier.

 

Or le dossier soumis au CODERST, précisément, soulève plusieurs interrogations :

 

  • Deux arrêtés préfectoraux, du 24 juillet et du 8 novembre 2019, mettent en demeure Lubrizol de réaliser un certain nombre de mesures de sécurité : compléter le plan de défense incendie, disposer d’un confinement adapté pour les eaux et écoulements susceptibles d’être pollués lors d’un sinistre… Ces prescriptions font l’objet d’un engagement, sur papier, de l’entreprise ; mais plusieurs n’ont pas encore été effectivement mises en œuvre. Comment, dans ces conditions, accepter un redémarrage ?
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  • Compte tenu des éléments apportés par Lubrizol dans le dossier de demande d’autorisation de redémarrage, la DREAL propose des prescriptions supplémentaires : interdiction de certains stockages, mise en œuvre de la détection incendie sur toutes les installations concernées, ajout de barrières de sécurité… Là encore, aucune précision n’est apportée quant à l’effectivité de ces mesures. Leur mise en œuvre réelle devrait pourtant être un préalable indispensable à toute décision.
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  • L’entreprise indique que le stockage de produits dangereux sur site sera considérablement réduit, puisque les fûts seront entreposés ailleurs. Mais où ? Dans quelles conditions de sécurité (incendie, intrusion…) ? Dans quelles conditions de transports ? Déplacer le risque sans apporter les preuves de sa maîtrise ne saurait être une solution.
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  • De l’aveu même de la DREAL, l’origine à ce jour inconnue de l’incendie ne permet pas d’écarter l’hypothèse d’une intrusion d’une personne potentiellement malveillante. Concernant ce risque d’intrusion, l’exploitant indique seulement qu’il va mener « un audit de sûreté par un cabinet extérieur avant le redémarrage des installations », afin « d’évaluer la pertinence et l’adéquation des dispositifs en place et de proposer des actions d’amélioration ». Pourquoi, dès lors, l’Etat n’attend-t-il pas le résultat de cet audit et la réalisation des actions d’amélioration potentiellement requises avant de statuer sur la réouverture ?
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  • Il est indiqué dans le dossier soumis au CODERST que « le site de l’exploitant se trouve en dehors des zones classées au titre du Plan de Prévention du Risque Inondation (PPRI).(…) Ainsi, l’inondation n’a pas été retenue comme événement initiateur d’un risque majeur ». Il est pourtant établi qu’en raison du réchauffement climatique, le niveau de la Seine pourrait remonter de plusieurs dizaines de centimètres dans un avenir proche. Des crues importantes ont été observées ces dernières années. Lubrizol jouxte le fleuve. A tout le moins, ce risque devrait donc être reconsidéré et le PPRI actualisé.
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  • Enfin la décision de réouverture, même partielle, du site de Lubrizol doit aussi s’apprécier à l’aune de la capacité de l’Etat à résoudre les défaillances graves qui ont été mises en lumière dans la gestion de l’accident et la communication de crise. Or, à ce jour, aucun système d’alerte automatique (SMS, courriels…) n’a été instauré. A notre connaissance les moyens d’inspection de la DREAL, et plus largement les moyens publics nécessaires en cas de catastrophe, n’ont pas été significativement augmentés. Et l’on ne peut pas dire non plus que le niveau d’information, d’éducation et de préparation au risque technologique dans la population ait été amélioré depuis le 26 septembre : aucun exercice de simulation n’a été conduit, aucun document de sensibilisation n’a été diffusé.
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    Dans ce contexte, les conditions qui permettraient à l’Etat de se prononcer sur la réouverture partielle ne nous paraissent pas, aujourd’hui, réunies.

     

    Nous comprenons l’enjeu économique lié à la demande de réouverture partielle. Mais il y a deux points sur lesquels nous ne transigerons jamais : la sécurité et la transparence. Ce sont des conditions indispensables pour restaurer le lien de confiance avec nos concitoyens. Or ce lien est aujourd’hui considérablement dégradé, pour ne pas dire rompu. Nous demandons donc que les interrogations exposées ci-dessus soient levées, de la façon la plus rigoureuse possible.

     

    Nous demandons aussi que la parole et l’inquiétude légitime des habitants soient entendues à leur juste mesure. A catastrophe exceptionnelle, procédure exceptionnelle. Celle du CODERST est nécessaire mais ne nous semble, en cette circonstance particulière, pas suffisante. Nous demandons que le dossier de demande de réouverture partielle soit rendu public. Nous demandons que son analyse soit menée à la fois par la DREAL Normandie et par un autre service public indépendant compétent en matière d’évaluation des risques, de façon contradictoire. Nous demandons enfin qu’un panel de citoyens habitant le territoire, tirés au sort à l’instar de ce que le Gouvernement a mis en place pour la Convention citoyenne écologique au plan national, puisse visiter le site de Lubrizol, se voir exposé le projet de réouverture par l’entreprise, poser les questions qu’il souhaite à l’exploitant comme à la DREAL et, finalement, puisse formuler en toute indépendance un avis auprès de l’Etat.

     

    [1] Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement